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Colloque international 

Matériaux et savoirs : de l’outil à la construction et à la valorisation des connaissances  

Les 26 & 27 novembre 2026 à Université de Haute-Alsace (Mulhouse) 

 

« Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit. »
(Bachelard, 1934, p. 17)

 

À la fois réalités physiques et constructions sociales, les matériaux sont des matières transformées par l’activité humaine pour répondre aux besoins en médiatisant les rapports entre techniques et sociétés dans un processus évolutionniste (Birat, 2023). Dans les sciences humaines et sociales, construire des savoirs implique notamment de s’interroger sur les matériaux (tangibles ou intangibles) à partir desquels ces savoirs prennent forme, mais aussi sur les conditions de cette construction. En effet, les savoirs scientifiques ne doivent pas seulement être appréhendés comme des résultats donnés, mais comme des productions construites au fil de situations concrètes, de controverses et d’objets matériels (Latour, 1989).  

Dans cette perspective, les matériaux mobilisés dans la recherche prennent sens à travers un travail d’analyse qui consiste à transformer des matériaux empiriques en traces exploitables. Latour (1989) parle à ce sujet d’inscriptions, c’est-à-dire de formes produites à partir de la réalité (notes, schémas, etc.), qui permettent aux chercheurs de comparer, discuter et analyser les données. Autrement dit, les matériaux n’agissent pas d’eux-mêmes, ne sont pas donnés d’emblée mais peuvent être appréhendés comme des artefacts qui ne deviennent instruments qu’à travers l’activité des chercheurs (Rabardel, 1995). En effet, dans la perspective de Rabardel (1995), les instruments ne sont pas de simples supports techniques, mais constituent des médiateurs entre le chercheur et son objet de recherche. L’instrument provient alors de l’association entre un artefact, entendu comme un objet matériel ou symbolique produit de l’activité humaine, et les usages que le sujet en construit dans l’activité. C’est de l’analyse des matériaux (Paillé & Mucchielli, 2012) ainsi que de la rigueur méthodologique (Bachelard, 1934) que vont découler la construction du sens, et par conséquent la production des savoirs, mais aussi des étapes de l’élaboration de ces instruments.

Les modalités de construction des savoirs conditionnent les formes de leur transmission (Chevallard, 1985). Valoriser et transmettre ensuite ces savoirs interrogent également nos pratiques pédagogiques. C’est bien le défi de l’enseignant-chercheur que de proposer des ponts entre la science en train de se faire et les savoirs à transmettre.

Les transformations des pratiques d’enseignement conduisent à interroger le rôle des matériaux dans l’innovation pédagogique. Ceux-ci peuvent être appréhendés comme des instruments matériels mais englobent également tous les artefacts qui permettent à l’enseignant ou au formateur de rendre l’objet d’enseignement intelligible pour l’apprenant et de façonner la manière dont l’apprenant doit se l’approprier : par exemple, les outils sémiologiques, les systèmes théoriques, ... (Dolz et al., 2008). Dans une perspective d’apprentissage expansif, telle que développée par Engeström (1987), le matériau agit ainsi comme un artefact médiateur qui relie le sujet à l’objet d’apprentissage et facilite la production finale, c’est-à-dire la création de savoir. L’apprentissage expansif, tel que défini par Engeström (1987), désigne un processus collectif au cours duquel les individus ou des systèmes d’activité repensent leurs actions et leurs outils afin de faire émerger de nouvelles connaissances et pratiques pour faire face à des contradictions internes dans une situation donnée.

Ce colloque, intitulé « Matériaux et savoirs : de l’outil à la construction et à la valorisation des connaissances » se propose d’explorer ces notions de savoirs et de matériaux, ainsi que leurs liens, les dilemmes qu’ils soulèvent et les opportunités qu’ils offrent dans une perspective plurielle et pluridisciplinaire, en s’articulant autour de deux axes :

Ce colloque sera également l’occasion de valoriser l’initiative Mat-Light 4.0 de l’Université de Haute-Alsace dont les différents axes (recherche, formation, innovation et diffusion) s’inscrivent dans une logique interdisciplinaire autour des enjeux sociétaux et de recherche en lien avec les matériaux et la lumière. Cette interdisciplinarité trouve précisément son sens dans la volonté, au cœur du projet Mat-Light 4.0, de promouvoir la mise en dialogue de champs scientifiques complémentaires où chaque science contribue, par ses outils et ses méthodes de recherche, à construire collectivement des réponses scientifiques, pédagogiques et sociétales.

Dans ce cadre, les sciences de l’éducation et de la formation offrent des pistes pour penser les dispositifs pédagogiques, c’est-à-dire les environnements d’apprentissage, les pratiques, mais aussi la diffusion des savoirs que ce soit dans un cadre strictement académique ou de diffusion de la culture scientifique auprès du grand public.  Cette approche s’inscrit pleinement dans les ambitions de ce colloque, qui vise à interroger les matériaux mobilisés comme médiateurs dans la construction des savoirs.

L’ambition de ce colloque est également de s’ouvrir à toutes disciplines afin de croiser les regards et de favoriser le dialogue interdisciplinaire et de tendre vers une transdisciplinarité, telle que définie par Piaget (1972) visant une intégration cohérente des connaissances au-delà de frontières stables entre disciplines.

 

Références  

Bachelard, G. (1934). La formation de l’esprit scientifique : Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective (5ᵉ éd.). Librairie philosophique J. Vrin.

Birat, J.-P. (2023). Materials are social constructs, but they also have agency. Matériaux & Techniques, 111(3), 302. https://doi.org/10.1051/mattech/2023012

Chevallard, Y. (1985). La transposition didactique : Du savoir savant au savoir enseigné. La Pensée sauvage.

Dolz, J., Schneuwly, B., & Thévenaz-Christen, T. (2008). L’articulation vygotskienne entre objet enseigné et outil médiateur comme fondement de la didactique. Dans M. Brossard, J. Fijalkow, S. Ragano, & L. Pasa (éds.), Vygotski et les recherches en éducation et en didactiques. Presses Universitaires de Bordeaux. https://doi.org/10.4000/books.pub.48227 

Engeström, Y. (1987). Learning by expanding: an activity-theorical approach to developmental research. Helsinki: Orienta-Konsultit. 

Latour, B. (1989). La science en action : Introduction à la sociologie des sciences (M. Biezunski, Trad.). Gallimard. (Ouvrage original publié en 1987).

Paillé, P., & Mucchielli, A. (2012). L’analyse qualitative en sciences humaines et sociales (3e éd). Armand Colin.

Piaget, J. (1972). L’épistémologie des relations interdisciplinaires (publié en 1972 dans L’interdisciplinarité : Prolbème d’enseignement et de recherche dans les universités. Paris : OCDE). Internationales Jahrbuch für Interdisziplinäre Forschung 1974, 154‑171.

Rabardel, P. (1995). Les hommes et les technologies; approche cognitive des instruments contemporains. Armand Colin. https://hal.science/hal-01017462

 

Modalités :

Les personnes intéressées par la participation au colloque sont invitées à soumettre une proposition sous la forme d’un résumé de 300 à 500 mots, accompagné d’un titre et de 3 à 5 mots-clés. Le résumé doit présenter clairement la problématique abordée, la méthodologie employée (le cas échéant) et les résultats ou réflexions envisagées. Cette proposition sera accompagnée d’une courte notice biographique, du statut et de l’institution de rattachement de l’auteur.

Toutes les démarches relatives au colloque (soumission des propositions de communication, inscriptions, dépôt des textes, etc.) s’effectueront exclusivement sur Sciencesconf, via le lien : https://matsav.sciencesconf.org

 

Calendrier :

16 mars 2026 : diffusion de l’appel à communication

21 juin 2026 : date limite de soumission des propositions

30 juin 2026 : réponses aux contributeurs

30 septembre 2026 : date limite d’inscription au colloque

26-27 novembre 2026 : colloque

31 décembre 2026 : remise des textes définitifs des communications. Les textes sélectionnés, après une double évaluation à l’aveugle par le comité scientifique, seront publiés dans les actes du colloque.

 

Frais d’inscription :

Les frais d’inscription d’élèvent à 80 euros (50 euros pour les doctorants). Ce montant couvre :

 

Adresse du colloque :

Université de Haute-Alsace, bâtiment des amphithéâtres, 6 rue des Frères Lumière 68100, Mulhouse.

 

 

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